bernard_fellay

Terminus

Est-ce vraiment une coïncidence ? 5 ans après avoir été obligé d’accueillir l’abbé Laguérie dans son Diocèse et avoir du s’expliquer et se justifier sur la levée des excommunications en 2009 sans être directement au courant des choix du pape, c’est le Cardinal Ricard qui a annoncé que les négociations avec la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) étaient un échec :

Nous sommes dans une situation où est acté le désaccord, pas seulement sur l’interprétation de passages de textes du Concile mais sur le Concile lui-même et sur le magistère (…) des papes sur un certain nombre de grandes affirmations conciliaires.

(…)Le pape est allé au maximum, il a beaucoup fait pour se rapprocher, pour accepter un certain nombre de préalables. Mais le moment est arrivé où il ne peut accepter que non seulement on refuse le Concile mais qu’on manifeste le refus de l’enseignement des papes successifs, de Jean XXIII jusqu’à Benoît XVI, ainsi que du catéchisme de l’Eglise et du code de droit canonique.

Le cardinal Ricard confirme le désaccord de Rome avec les intégristes, La Croix, 17 Février 2012

C’est à la fois un non événement tant les signaux étaient négatifs, mais l’inverse, c’est-à-dire la conclusion d’un accord était également possible, principalement en raison de l’importance du dossier intégriste pour le Pape. Alors bien sûr il serait plus pastoralement correct de regretter l’absence d’unité de la « famille » catholique.

J’ai déjà eu maintes fois l’occasion d’écrire que le fond du problème n’était pas d’abord liturgique ou même théologique : la proximité de pensée avec l’extrême-droite révisionniste constitue le principal obstacle à toute réconciliation de fait. C’est la raison pour laquelle je pense que l’échec des négociations est une bonne chose pour l’Eglise de France.

Un accord aurait eu lieu, quelles auraient été les réalités concrètes de mise en œuvre sur le terrain ? L’exemple de l’Institut du Bon Pasteur, aussi bien à Bordeaux, Poitiers ou Chartres se révèle un échec. Condamnation des Evêques, tensions avec les prêtres et les équipes d’animations, lien persistant avec l’idéologie raciste et négationniste, absence de volonté d’œuvrer à la communion.

La FSSPX était-elle dans de meilleures dispositions ? Entre les condamnations de la rencontre inter-religieuse d’Assise ou la critique de la béatification du pape Jean-Paul II à chaque fois en des termes particulièrement virulents, rien n’est moins certain. On imagine difficilement la gestion par l’Eglise Catholique des manifestations autour de la pièce de théâtre de Castellucci. Comment aurait-elle pu expliquer cette démarche tout en désavouant sur le fond et la forme cette entreprise médiatique ?

Mais tout cela est désormais derrière nous : « le passé n’est définitivement fixé que quand il n’a pas d’avenir » disait Robert Aron. En refusant toute concession à ce que la Fraternité considère comme La vérité, elle sait qu’elle laisse passer une occasion unique tant le Pape Benoît XVI était personnellement engagé dans ce processus de réconciliation. Il y a désormais peu de chance qu’elle retrouve une occasion aussi belle, surtout vu le prix pastoral et médiatique des concessions faites à la Fraternité.

Derrière le choix d’une continuité idéologique à l’ombre de la statue du commandeur de Mgr Lefebvre, Mgr Fellay a sans doute également parié sur l’intérêt de conserver une totale autonomie de son mouvement.

Pourtant jamais il n’a autant été dans une situation de totale dépendance. En refusant d’être avec, pour, elle n’a plus d’autre alternative que d’être contre. Contre les rencontres inter-religieuses, contre les évolutions liturgiques, contre le Pape, contre la démocratie. Et donc sans maitrise de son calendrier, tributaire d’un monde qui va évoluer sans lui.

On va donc voir resurgir de temps en temps les prières dans la rue et les anathèmes, les messes de réparations et les manifestations violentes ou antisémites. Et au fil du temps, tout cela aura de moins en moins de sens.

Car l’Eglise de France connaît depuis 15 ans une révolution silencieuse que peu de personnes perçoivent encore. Les chantiers synodaux en cours, la mise en place des nouvelles orientations pour la Catéchèse, la responsabilisation de tous dans l’annonce de l’Evangile : tout cela ne cesse de creuser un fossé entre deux mondes qui ne peuvent déjà plus se comprendre.

Cet épisode du pontificat de Benoît XVI n’en reste pas moins très positif à au moins 2 égards :

Ce Pape que l’on dit souvent tradi n’a rien lâché sur le Concile. Il a des préférences liturgiques et sans aucun doute trop d’italiens autour de lui quelques mauvais conseillers mais après avoir été les témoins de cet aggiornamento, il sait être désormais le serviteur et parfois le traducteur des orientations des Pères conciliaires.

La possibilité de l’unité, notamment avec les Protestants ou les Orthodoxes ne relève sans doute pas que des obstacles théologiques. Il lui manque sans doute avant tout une volonté de parvenir à cette réunion, le même genre de volonté qu’a eu Benoît XVI à l’égard de la FSSPX.

3 réflexions sur “ Terminus ”

  1. Je retiens trois choses

    1- les efforts tous azimut pour l’unité de l’Église de Benoit XVI, conformes à son discours programme dès son élection, et alors que certains s’obstinent à ne pas les voir,

    2- le non – évènement de la réponse de mgr. Fellay, coincé de toutes parts (lui-même, ses partisans et ses adversaires dans la FSPX), et

    3- la mise hors course depuis quelques temps des prélats, par exemple espagnols, qui étaient prêts à tout sacrifier de Vatican II et plus, y compris l’esentiel, pour avoir un résultat positif avec la FSPX… Pouvoir, quand tu nous tentes…

  2. @Lecteur et acolyte : il n’y a pas de la part de Benoît XVI d’efforts tout azimut justement, mais principalement, voire presque exclusivement en direction de la FSSPX. Si vraiment il avait une approche global de l’unité, il y aurait aussi des efforts en direction des protestants et des orthodoxes par exemple, ce qui n’est vraiment pas le cas.

  3. . Aucun effort d’unité de la part de Benoit XVI, excepté envers les intégristes (qui sont tous racistes) ?
    Et pourtant des anglicans ont demandé à réintégrer la pleine communion avec le pape et l’Église (ce qui d’ailleurs a impliqué, là aussi, la création de structures spécifiques pour les accueillir tout en prenant en compte certaines de leurs particularités, notamment l’ordination d’hommes mariés.)

    . L’analyse que vous proposez là semble, faites excuse, recopiée du « Monde des Religions » – ou même, d’ailleurs,de Caroline Fourest.

    Écrire que « le fond du problème n’était pas d’abord liturgique ou même théologique : la proximité de pensée avec l’extrême-droite révisionniste constitue le principal obstacle à toute réconciliation de fait », c’est, tout de même reprendre mot pour mot les poncifs les plus courants sur la question, l’imagerie populaire et médiatique la plus classique sur « les intégristes ». N’attendrait-on pas autre chose de vous, une analyse qui, justement, irait au-delà des apparences et des représentations médiatiques ?

    En plus de cela une telle interprétation réduit une question d’abord et avant tout philosophique, à une interprétation politique – un travers de beaucoup de nos médias contemporains, certes, qui ne veulent voire partout que des motivations politiques et qui ne savent tout interpréter qu’à cette aune.
    (comme par exemple lorsque les déclarations du pape, surtout si elles concernent un point de morale peu à la mode, sont interprétées comme : « le pape multiplie les gestes vers la frange conservatrice de l’église »).
    (d’où ma référence à Caroline Fourest, qui est un bel exemple de cette mentalité incapable de comprendre des débats et déclarations de l’église catholique autrement qu’à travers un filtre politique)

    Si la Fraternité St Pie X ne pouvait pas se rapprocher de Rome, est-ce d’abord et avant tout parce qu’elle ne serait composée que de révisionnistes d’extrême-droite ? (ce qui n’est déjà pas le cas, soit dit en passant)
    La racine du problème et le fin mot de toute l’affaire, c’est qu’ils voteraient tous Front National ?

    Ne serait-ce pas, plutôt, d’abord et avant tout, parce qu’ils ont voulu rester bloqués sur une interprétation étroite des concepts de « modernisme », de « liberté religieuse », et de Salut par l’Église ?
    Une question philosophique, donc – qui, chez certains d’entre eux, peut en plus amener à se laisser séduire par des courants de pensée révisionnistes. Mais c’est bien l’option philosophique qui est première, entraînant une sympathie politique ou idéologique, et non l’inverse.

    . Écrire, en plus de cela, que « l’échec des négociations est une bonne chose pour l’Eglise de France« , est, on l’espère, une erreur de formulation de votre part :
    en toute logique, si les négociations avaient été une réussites, telles du moins que les voulait et que les menait le pape, cela aurait signifié que la fraternité St Pie X renonçait à ses erreurs les plus graves.
    C’est parce qu’ils n’ont pas voulu y renoncer, que les négociations sont un échec.

    Dire que cet échec est une bonne chose, cela revient donc à dire que c’est une bonne chose que les responsables de la fraternité St Pie X n’aient pas renoncé à leurs erreurs : franchement, une telle déclaration est-elle acceptable , et traduit-elle vraiment votre pensée ?

    . Ce n’est pas sur le plan « pastoral » que l’on s’attriste d’un tel dénouement (aussi prévisible soit-il), mais c’est plutôt en vertu d’un concept un peu oublié : la Charité.
    La Charité qui fait que, tout bêtement, et loin des réactions conformistes, conformes à l’esprit du temps étroit et politisé,
    on s’attriste de voir son semblable persévérer dans l’erreur.

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