LeBonEsprit

Un mélange de don, de crowdfunding, d’économie circulaire et un geste de solidarité. Mais surtout une idée absolument géniale. Le Diocèse du Mans est depuis le 15 mai partenaire du site Le Bon Esprit, ce qui je l’espère va permettre une diversification de leurs ressources financières, l’érosion des donateurs au Denier de l’Église étant inévitable, indépendamment de la qualité des communications.

Le Bon Esprit, c’est comme le Bon Coin, mais avec la possibilité de pouvoir faire un don à une association au passage. Je ne vais pas détailler toute la démarche ici, allez plutôt sur le site, voici déjà un dessin qui explique très bien à la fois l’esprit et le fonctionnement.

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Il ne sera pas évident d’arriver à se faire une place dans le marché ultra-concurrentiel de la vente en ligne entre particuliers ; mais au-delà des campagnes de communication autour du denier de l’Eglise, nécessaires et indispensables, voici enfin une nouvelle idée qui mérite d’être très largement partagée.

I’m not for sale

L’Archevêque de Vancouver, Mgr Miller, a publié une lettre pastorale pour dénoncer la prostitution et la tentation législative d’en faire une activité commerciale licite. Pour accompagner sa lettre, le Diocèse a imprimé des cartes postales pour que les catholiques puissent s’associer concrètement à cette démarche afin que le gouvernement fédéral établisse une législation sur la prostitution qui soit respectueuse de la dignité des personnes.

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In the words of Pope Francis, « Each individual Christian and every community is called to be an instrument of God for the liberation and promotion of the poor, and for enabling them to be fully a part of society. This demands that we be docile and attentive to the cry of the poor and to come to their aid. »

To do this effectively as Jesus’s disciples, we must strip away any bigotry and ideology that prevent us from loving those on the margins of society. Any form of institutionalized violence that destroys the physical, psychological, or spiritual integrity of other human beings cannot be tolerated.

(…)

Let us be mindful that, in the words of Pope Francis, « changing structures without generating new convictions and attitudes will only ensure that those same structures will become, sooner or later, corrupt, oppressive and ineffectual. »As Christians, we are always ready « to re-read everything on the basis of the Cross and its victory. »

We must, therefore, more vigorously promote respect, understanding, compassion, and a non-judgmental attitude towards women who have been caught in prostitution. To help them break free of this way of life, we are being called to provide even more concrete assistance, including health care, psychological counselling, detoxification programs, safe and affordable housing, decent employment, and spiritual support.

Together with all men and women of good will, our community of faith must work to do everything possible to create pathways out of prostitution. All of us must play our part. We must be tireless in exercising our obligations and rights as citizens to promote the common good.

At the same time, it is necessary for us to ensure that all levels of government assume an active role in healing this social and personal wound by eradicating its underlying structural causes. Only in this way can we foster a social order that advances the dignity of every human person.

We are the hands and feet of the Risen Christ today. May our faith and outrage spur us to get involved, individually and together, to address the grave situation which confronts us !

Archbishop J. Michael Miller, CSB
Pastoral Letter on a Grave Social Issue 23 mai 2014

Générositine54

Superbe réalisation pour la communication du Denier de l’Eglise du Diocèse de Nancy Toul avec la délivrance sans ordonnance de Générositine54, le remède « miracle ».

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La Générositine54 sera distribuée dans son conditionnement médicament à 300 000 exemplaires.

via France3.

© F3Lorraine

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Ouvert à double-tour

portes_cefDeux fois par an, les Évêques Français se réunissent pour partager ensemble sur les dossiers d’actualités urbi et orbi mais également pour prier ensemble. Pour la session de printemps de l’Assemblée Plénière qui débute le 8 avril, ce sera service minimum avec la presse.

L’ouverture aux oreilles des médias est à géométrie variable selon les périodes et les sujets. Cette année, les journalistes présents à Lourdes auront juste le droit d’assister au discours inaugural de Mgr Pontier, son Président.

L’engagement d’une partie de l’Eglise dans les cortèges de la Manif pour Tous a visiblement laissé des traces. Plus globalement, la récente annulation d’une conférence sur la dimension sociale du soin de l’autre par une philosophe montre l’extrême sensibilité du débat sur la famille.

Du coup, l’océan atlantique vient de gagner encore quelques mètres, en comparaison avec nos voisins américains qui retransmettent en direct l’ensemble des débats.

On peut bien évidemment comprendre les raisons d’un tel choix. Il peut être bon  parfois de fermer la porte afin de pouvoir garantir un échange plus libre. Mais cela montre aussi le manque de maturité de la structure nationale.

Il serait en effet possible d’envisager un jour une évolution des missions et pouvoirs des Conférences Nationales, afin qu’elles ne soient pas simplement un lieu de travail mais également un quasi-synode permanent.

Mais comment comprendre que les synodes diocésains soient des lieux ouverts aux débats et au public alors que le synode national serait au gré des humeurs ouvert ou fermé.
Les sujets seraient-il différents ? Et au-delà d’un droit finalement assez légitime à un minimum d’informations, comment faire participer l’ensemble des catholiques si dès qu’un sujet semble difficile, les Evêques décident de verrouiller toute la communication ?

Il y a une certaine hypocrisie en pleine période de campagne pour le denier de l’Eglise à s’adresser aux catholiques pour demander une participation financière à la vie matérielle de l’Eglise et dans le même temps ne pas ouvrir plus largement sa porte.

Il ne s’agit pas de faire de la « transparence » pour faire comme les autres. Cette dernière a ses limites et ses perversions.

Les Evêques refusent de mettre sur la place publique leurs divisions. C’est tout à fait légitime, c’est même un réflexe naturel. Mais est-ce vraiment conforme à l’Evangile ? Prenez les Actes des Apôtres et enlevez tous les conflits entre Pierre et Paul, entre les Apôtres, les communautés,… Que restera-t-il ?

L’unité que recherchent les Evêques est-elle forcément opposée à une diversité des opinions ? De toute façon, il suffit de lire les déclarations des uns et des autres, à travers les livres, les lettres pastorales et interviews : comment est-il possible d’ignorer les différences et même les clivages ?

Les catholiques sont des citoyens du monde. Ils lisent, s’informent, ils travaillent, ont des familles. Donc ils savent très bien que le conflit fait partie de toute vie commune. Pourquoi donc l’Eglise cherche constamment à masquer ses divisions ?

Comme le rappelle le Pape François, l’Eglise doit demeurer ouverte sur le monde « Je préfère une Église qui sort et qui a des accidents, plutôt qu’une Église fermée qui pourrit de l’intérieur ! »

Bunimovich

billardA la suite des pressions « d’une minorité érigée en police de la pensée » pour reprendre la formule de Dominique Greiner dans l’éditorial de La Croix, Mgr Jean-Luc Brunin vient d’annuler l’intervention de la philosophe Fabienne Brugère qui devait avoir lieu demain lors de la session de formation des responsables de la pastorale familiale.

Le souci de l’unité doit donc prévaloir sur la nécessité du dialogue. Celui-ci serait donc une simple option puisque le dialogue ne serait nécessaire que s’il permet d’affermir un peu plus la cohésion du groupe. François Vercelletto a bien raison de juger cela « désespérant et affligeant. »

Au-delà de l’existence des groupes de pressions au sein de l’Église Catholique, il faut également prendre en compte un réflexe assez récent. Avant de se demander si une personne est compétente et pédagogue sur un sujet, la première question que trop souvent les catholiques se posent c’est de savoir si elle « de la famille ». Discuter oui, mais à condition d’être d’accord.

L’exemple qui me vient naturellement en tête c’est celui du Parvis des Gentils. L’objectif était justement de sortir de nos sacristies pour dialoguer avec « le monde ». Louable et nécessaire d’ailleurs, dans l’esprit même des nombreuses interventions du Pape Benoît XVI sur les rapports entre la Foi et la raison. Au final, des personnes passionnantes, érudites,… mais toutes du sérail. Pas un mot plus haut que l’autre.

Alors pour sauvegarder l’unité, quelques Évêques s’expriment mais sous couvert d’anonymat.

Il y a aussi une autre manière de faire pour faire entendre sa voix, c’est de ne rien dire mais de laisser s’exprimer un prêtre. Quand celui-ci est du diocèse du Président de la Conférence des Évêques de France et le fait sur le site du diocèse, difficile de ne pas faire un lien.

(…) Ce que je peux dire à titre personnel, c’est qu’il faut nous méfier des « influences de la rue », des « groupes de pression »,… qui s’efforcent de modeler une « Église » à leurs convenances, en lien avec leurs certitudes, soucieuse uniquement de leurs a priori… bref une Église qui serait réduite à être univoque. Or, affirmer l’unité de l’Église, c’est dire en même temps sa possible pluralité. La réflexion ne s’approfondit pas à coups d’interdits ou de menaces, de peurs … mais en se mettant à l’écoute du travail de l’Esprit qui n’est en rien un chantre de l’uniformité.

C’est dans le dialogue que chacun peut grandir. Ces lignes de Mgr Joseph Doré, dans son livre « A cause de Jésus » [p. 100] pourraient nous aider à mieux vivre cette croissance :  » Je crois qu’entrer authentiquement en dialogue, c’est accepter de faire le plus long chemin possible avec l’interlocuteur, jusqu’au point où l’on semble mettre le doigt sur la question qui se pose à l’un et à l’autre, jusqu’à ce point où il est clair qu’il s’agit de décider. Cela ne peut se produire si l’on déclare, avant toute discussion, quel est depuis toujours le vrai et qui a tort et qui a raison. Une discussion véritable permet d’identifier le plus précisément possible la question qui se pose, puis de s’éclairer mutuellement sur les possibilités d’y apporter effectivement réponse… avant qu’on puisse trancher en son âme et conscience, selon ce qu’on estime être juste et vrai, juste et bon.

Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de vérité. La vérité est à reconnaître, et aucunement à produire. La vérité se donne à connaître en une adhésion libre ; elle s’offre à une décision de notre part, et appelle à une responsabilité. C’est en ce sens que saint Jean affirme : La vérité vous rendra libres ».

C’est ce qui permettra à l’Église, comme nous y invite depuis un an, si souvent, le pape François, de sortir d’elle-même.

Pourquoi ne pas inviter une philosophe qui risque de déranger ? Père Jean-Luc Ragonneau s.j, 17 mars 2014

on the road

ontheroad29 ordinations presbytérales depuis 2003, c’est bien. Lorsque cela concerne le diocèse de Gap c’est juste extraordinaire au regard de la démographie. Lorsque j’ai lu ça dans la dernière newsletter je me suis demandé où était le « truc » ?

J’ai d’abord pensé à l’installation d’une communauté, mais non. La deuxième solution pour faire monter les statistiques c’est d’accueillir des prêtres étrangers pour une période déterminée. Ben non plus.

Et finalement c’est Mickaël, tout jeune prêtre du Diocèse de Gap, qui m’a permis de comprendre dans une interview du Dauphiné du 12 janvier :

« De Rouen à Gap, il y a plus de 830 kilomètres mais il n’y a eu qu’un pas pour le Haut-Normand, qui a volontiers accepté de rejoindre les Hautes-Alpes. « Mes premiers contacts avec le département, je les dois au Mej puisque j’ai participé plusieurs années au camp d’été de La Chapelle-en-Valgaude-mar », explique le futur prêtre. Une rencontre avec Mgr di Falco Léandri, en 2010 à Rouen, en marge d’un concert des Prêtres, décidera de la suite. « J’étais alors séminariste pour le diocèse de Rouen. Je m’étais dit, plusieurs années auparavant, que cela serait super d’être prêtre dans les Hautes-Alpes. Mais je n’osais pas franchir le pas… » Jusqu’à cette rencontre avec son futur évêque. »

Le Dauphiné, 12 janvier 2014

Bon je passe sur les détails, les relations entre les Évêques, entre les séminaires, toussa toussa….

Pourquoi pas après tout ? Un prêtre doit-il nécessairement être pieds et mains liés à sa terre natale ? Moi l’idée que parfois un prêtre puisse aller voir un peu plus loin comment cela se passe, je trouve ça pas mal.

Nan et c’est vrai que c’est très sympa Gap, y’a moyen de faire du ski, la mer est pas loin et y’a un aérodrome très sympa pour sauter en parachute, avec une vue splendide sur une partie des Alpes.

Mais il se passe quoi lorsque la passion des montagnes s’envole ? Ou lorsque l’Évêque change et que le nouveau est moins sympa ?

Fin de vie

Sodium-thiopental-is-used-007A la suite de sa conférence de presse du 14 janvier, au cours de laquelle François Hollande a évoqué un nouveau projet de loi sur la fin de vie, les Évêques de France viennent de réagir.

(…)

« Notre société cherche à « esquiver la mort » et redoute la proximité avec celui qui va mourir. Elle pourrait être ainsi conduite à des décisions inhumaines. Il importe donc de clarifier le vocabulaire et les buts poursuivis. Personne ne peut provoquer délibérément la mort, fût-ce à la demande d’une personne gravement malade, sans transgresser un interdit fondamental. « Tu ne tueras pas » demeure une exigence morale majeure de toute société, et, pour les croyants, un commandement de Dieu. C’est le fondement de toute vie sociale respectueuse d’autrui, spécialement des plus vulnérables.

Nombre de nos contemporains, en raison d’une maladie, d’un handicap ou de leur âge, se sentent devenus une charge pour leurs proches et un poids pour la société. Ils souffrent de leur solitude, de l’indifférence d’autrui, du regard porté sur eux dans une société axée sur les valeurs d’autonomie et d’efficacité. Ceux qui en viennent à douter de la valeur et du sens de leur vie ont besoin « d’accompagnement, de solidarité et de soutien dans l’épreuve ». N’aurons-nous rien d’autre à leur proposer que de mettre fin à leur existence ? »

(…)

Fin de vie : pour un engagement de solidarité et de fraternité, Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, 16 janvier 2014

 

Devant le flou des intentions présidentielles, la défiance que le gouvernement manifeste vis-à-vis des religions (et il ne suffira pas d’une cérémonie de vœux ou d’un voyage au Vatican le jour de la saint François pour se rabibocher) mais surtout l’enjeu que représente la dignité de la personne humaine, il est nécessaire de s’engager durablement.

Donc voilà, ami lecteur, je vais parler beaucoup plus mort sur ordonnance, médecine dont la mission n’est plus de guérir mais de mettre un terme à la vie. Car je pense que la première étape consiste à dénoncer les sophismes, euphémismes et autres précautions oratoires dont le seul but est de cacher la vérité.

Allez je vous laisse avec Jankélévicth :

« Mais si la prolongation de la vie ne peut être indéfinie, la date de la mort, on l’a vu, reste indéterminée, et cette indétermination, qui autorise toutes les espérances, est le fondement de la déontologie médicale.
Si tard que la mort intervienne, elle arrive toujours trop tôt […].

En d’autres termes, pour faire mourir un mourant plus qu’aux trois quarts mort, pour faire mourir un mourant à peine vivant, et cependant bien vivant et même irrécupérable […], une distance infinie reste à franchir. »

 

PQR ou PQ ?

est_eclairPeut être s’agit-il d’un effet post-synode, à voir, mais c’est la deuxième fois en quelques mois que Mgr Marc Stenger prend la plume pour marquer son mécontentement.

Après le directeur de la SNCF, c’est au tour du directeur du journal l’Est-Eclair à propos du traitement médiatique du procès d’un diacre pédophile.

(…)

Je passe sur le détail sordide de l’évocation par cet homme du corps de sa petite-fille, détail qui n’apporte rien de plus au lecteur mais manifeste une complaisance racoleuse, et affligeante pour cette enfant, et j’en viens à votre traitement du fait que ce prévenu était un « diacre ». Je proteste vivement contre l’amalgame que vous pratiquez en mettant en évidence que cet homme est un homme d’Eglise. Pourquoi ce titre « Un diacre écope du sursis » ? Pour d’autres catégories sociales vous ne donnez jamais une telle précision. Cette information est publiée sous la rubrique : Romilly. A juste titre les deux diacres qui sont à Romilly sont profondément blessés, le soupçon est jeté sur eux aussi, puisque l’article tient à préciser que le fait s’est passé au sortir de la célébration d’un mariage.

Comment les personnes qui ne sont pas très au courant ne pourraient-elles pas se demander si l’on peut faire confiance à ce diacre qui est en train de célébrer ce mariage ? Je vous fais remarquer de surcroît que ce diacre est du diocèse de Châlons en Champagne, et il faut vraiment lire entre les lignes pour comprendre qu’il n’est pas de l’Aube. Ceci ne change d’ailleurs rien au problème et je suis totalement solidaire de Mgr Louis, évêque de Châlons, dans cette triste histoire. Mais ainsi on fait coup double : l’Union jette le discrédit sur les diacres du diocèse de Châlons, et l’Est-Eclair sur ceux de l’Aube. Je trouve cela odieux et de toute façon c’est l’Eglise qui prend.

(…)

Mgr Marc STENGER, Evêque de Troyes, Lettre ouverte à M. Jean-René Lore, directeur de l’est-éclair, 15 janvier 2014

Je crois qu’il a raison de prendre la plume. Les Évêques doivent s’exprimer et prendre la parole plus librement qu’ils ne l’ont fait il y a quelques années. D’ailleurs le fait d’être aujourd’hui « minoritaire » facilite cela.

Mais je pense également que Mgr Stenger se trompe. Un peu. A la fois je comprends son agacement mais l’article de l’est-républicain ou de l’union me semble semblable à tous les autres. J’ai lu l’ensemble des papiers de la presse quotidienne régionale sur les procès des prêtres pédophiles français. Ils sont tous pareils.

Rien que pour l’année dernière, les articles sur le Père Patrick Braud, Richard Lucas, Stéphane Gotoghian, Jacques Breton, frère Eric et José Trinidad sont violents, rudes. Avec la palme d’or pour le Courrier Picard : allez chercher une jeune victime de 17 ans qui raconte par le détail les agressions. Amis voyeuristes bonjour !

Mais ne s’agit-il pas d’une spécificité des comptes-rendus d’audience ? Ne s’agit-il pas d’un reflet d’une certaine vérité du quotidien de la justice ? De la boue, de la boue et encore de la boue. Des agressions pour un regard de travers, des viols dont l’alcool efface jusqu’au souvenir, des haines familiales qui vont jusqu’au meurtre. Et le plus souvent des personnes qui ne comprennent rien au fonctionnement de la justice et qui auraient plus besoin d’un soutien psychologique que d’une peine.

Et ici aussi il y en a des amalgames dans la presse. Les drogués sont des arabes à casquettes, les voleurs des manouches, les SDF tous des alcooliques violents,…

Je partage l’avis de Mgr Stenger sur un point : le traitement des affaires judiciaires « courantes » par la presse quotidienne est lamentable, sans discernement ni recherche de sens. Et je ne parle même pas des chaînes télé qui assurent l’audience du soir grâce aux patrouilles de la BAC.

La force de la Parole

thimoty_radcliffe_2013« Alors que je donnais une interview sur une radio irlandaise à propos de l’élection du Pape, la première question fut : « qu’est-ce que le Vatican et tous ces cardinaux ont à faire avec le charpentier de Nazareth ? »

Est-ce que le message original n’a pas été recouvert par toute cette tradition ? Si vous pensez que la révélation divine est une parole absolument pure, jaillissant du ciel jusqu’à nous, alors vous essayerez toujours de revenir à la pureté originelle de la source. Les Réformés disaient : « laissez tomber cette tradition que l’Eglise catholique corrompue a rajouté, et revenez à la pure Parole Biblique ». Et puis au dix neuvième siècle des gens commencèrent à dire : « retrouvez derrière la Bible le charpentier galiléen ». Allez au-delà de Saint Paul qui a inventé le christianisme. Au-delà des évangélistes qui avaient chacun leur propre références. Revenez au message authentique avant qu’il n’ait été déformé par nos interprétations.

Mais chacun est revenu au Jésus qu’ils voulaient trouver ! Le savant juif Geza Vermes nous a ramené à un Jésus qui était un rabbin juif. Des théologiens militants latinoaméricains ont découvert en lui un politique révolutionnaire. De savants biblistes ont reconnu un professeur, un maître. En Californie, on en a fait un gentil hippy qui était sympa avec tout le monde. Vous avez le Jésus gay, le Jésus amoureux de Marie-Madeleine, le Jésus non-violent comme Ghandi. En réalité, vous épluchez les différentes couches de la tradition comme un oignon, et au centre vous trouvez un Jésus qui vous ressemble ! Le retour à la pureté originelle de la Parole avant toute réponse ou interprétation humaine est une illusion.

Mais pour l’Eglise catholique la révélation doit être comprise autrement. La Bible n’est pas une parole pure tombant du Ciel, comme le Coran pour les musulmans. Les Ecritures sont une conversation de Dieu avec nous »

Père Timothy Radcliffe, La force de la Parole, Rouen 20 octobre 2013

Moi, ancien Légionnaire du Christ

moi, ancien légionnaire du christLe chapitre général extraordinaire des Légionnaires du Christ qui se déroule actuellement sera peut être celui d’une refondation. L’occasion de tourner définitivement la page du pervers pédophile que fut le Père Marcial Macel.

Ou pas ?

L’article de Sébastien Maillard dans La Croix résume parfaitement la situation et le long courrier qu’adressent des ex-Légionnaires illustre tout le chemin qui reste à parcourir.

Parmi les signataires, Xavier Léger, créateur de l’excellent blog Prévention à l’égard de la Légion du Christ et du Regnum Christi et récemment auteur avec Bernard Nicolas du livre « Moi, ancien Légionnaire du Christ. 7 ans dans une secte au cœur de l’Église ».

En s’engageant dans la Légion, Xavier Léger souhaite mettre ses pas dans celui du Christ : il va y découvrir une ambiance mortifère et une logique d’emprise psychologique pour en ressortir quelques années plus tard brisé.

Avec ce regard de l’intérieur sur « cette communauté trop parfaite, trop docile, trop ordonnée » qui organise la délation entre frères, cultive la culpabilité et impose la vocation légionnaire comme un « revolver posé sur la tempe. » on rentre de plein pied au cœur d’un fonctionnement sectaire.

Qui organise tout autour de son gourou, dont les écrits ont valeur d’Evangile et dont « toutes les grandes dates de la vie sont célébrées par des grandes cérémonies et des festivités : ses anniversaires de naissance, de baptême, celui de son ordination sacerdotale, tout y passe ! »… alors que les frères eux-mêmes ne fêtent pas leurs anniversaires…

On croise quelques généreuses donatrices, des personnalités du monde des affaires (Charles Beigbeder, Patrick le Lay,…) et des Evêques fervents supporteurs (Mgr Rey, Mgr Centène).

Mais au-delà des faits, reste l’impression d’une implacable machine dont la seule vocation semble la recherche du pouvoir.
Au terme de son histoire, Xavier Léger résume parfaitement la difficulté d’une réforme en profondeur de la Légion

« Cela signifie ni plus ni moins que l’Eglise a cautionné et encouragé pendant presque soixante-dix ans une gigantesque fumisterie ! Combien de milliers de vies humaines ont été détruites dans les rouages de cet ordre religieux diaboliques ? Combien de prélats, d’évêque et de papes auront fermés les yeux, voire béni des criminels ? Comment l’Eglise va-t-elle réussir à se débarrasser de cette gangrène, qui s’est infiltrée partout au Vatican ? »

Un document à lire pour mieux comprendre les enjeux d’une refondation, si celle-ci est encore possible…

Moi, ancien Légionnaire du Christ
Flammarion, septembre 2013
352 pages, 19,95 €